La chambre de la caserne est silencieuse, plongée dans la pénombre des néons qui clignotent faiblement. Les lits, alignés avec une précision militaire, sont séparés d’un mètre exact. Je suis allongé sur le mien, torse nu, mon caleçon fin en soie offert par Smaïn comme seule concession à la pudeur. Une Craven A aux lèvres, j’observe les volutes de fumée s’élever vers le plafond.À un mètre de moi, Smaïn est étendu dans la même tenue, une lettre à la main. Il la plie et la déplie, comme s’il hésitait à l’ouvrir. Puis, il se décide enfin. Ses yeux parcourent les lignes, et je vois ses sourcils se froncer, puis un sourire timide se dessiner sur ses lèvres. Il ne dit rien, mais je sens qu’il est touché. La lumière blafarde des néons éclaire son beau visage, soulignant chaque émotion qui traverse ses traits.Je reste silencieux, respectant ce moment d’intimité, tout en observant discrètement ses réactions. La lettre semble le plonger dans des pensées lointaines, peut-être des souvenirs de Vaulx-en-Velin, de sa famille, ou de moments partagés avec quelqu’un de cher. Je me demande qui a bien pu lui écrire pour provoquer une telle expression.Il finit par poser la lettre sur sa poitrine, les yeux perdus au plafond, comme s’il revivait chaque mot. Puis, après un long silence, il me lance un regard en coin, un sourire en coin aux lèvres.Je reste silencieux, respectant son moment, mais la curiosité me pousse à lui demander doucement :"De bonnes nouvelles ?"Il ne répond pas tout de suite, les yeux toujours fixés sur le papier. Puis, il me lance un regard amusé, comme s’il savait que j’avais déjà une idée de la réponse."Ouais... de Karim."Il commence à parler, la voix un peu hésitante."Il me raconte sa vie à Vaulx, ses entraînements, ses conquêtes...Et puis... il me pose des questions bizarres."Il me tend la lettre en me disant :"Tiens, tu peux la lire."Je m’en empare et commence à la lire. Dès le départ, son écriture un peu maladroite et le papier d’écolier me surprennent. Je ne suis pas habitué à ce style d’écriture et à ce genre de papier pour une lettre…« Salut mon frèreJ’espère que la caserne te va. Ici, ça roule comme d’hab. L’entrainement au club m’a repris, et j’ai déjà deux meufs qui me courent après. T’inquiète, je gère. Les parents, ils sont toujours sur leurs problèmes, papa le boulot, maman les enfants… Les gônes, eux, ils courent partout comme des fous.Mais bon, je pense à ce week-end. Putain, c’était… bizarre, quand même. On dort plus ensemble depuis que t’es parti à l’armée, et là, avec Pierre entre nous, c’était comme avant, sauf que… différent, tu vois ? Moi, j’ai pas été gêné une seconde d’être à poil devant toi, même avec mon zob en feu. Et toi non plus, t’avais l’air super à l’aise. On a même rigolé quand Pierre me suçait pendant que tu me regardais. J’ai trouvé ça marrant, parce que j’ai eu l’impression que t’étais aussi excité que moi.Et puis, putain, j’ai été scotché par tes flots de sperme ! Moi avec mes petites giclées, je me suis retrouvé con à côté… T’es un vrai étalon, frérot. Et Pierre, il a de la chance de t’avoir, lui. Moi, je préfère les nanas, c’est sûr, mais si t’es heureux avec lui, c’est le principal. Tant que les parents et les voisins se doutent de rien…Au fait, tu me l’as pas encore dit : il en pense quoi, Pierre, de la taille de mon zob ?Et sinon, je te l’ai pas encore dit, mais j’ai un super coup avec la Portugaise du bâtiment. On se la tire à trois avec deux potes. Mais tu sais quoi ? La voir se faire niquer par eux, ça m’a pas fait le même effet que de te voir avec Pierre. Bizarre, non ?On a pas eu beaucoup de temps pour parler de l’armée, on a été trop occupés à autre chose, mais j’aimerais bien savoir comment ça se passe pour toi là-bas. Et puis, dis-moi : est-ce que tu crois que ça pourrait me plaire, l’armée ? Parce que Vaulx-en-Velin, là, ça commence à me raser le bol.On se le dit jamais, et on est cons, mais je t’aime, mon frère.Garde cette lettre pour toi, hein. Mais si t’as envie d’en parler à Pierre, vas-y, je m’en fous.À plus,Karim, ton double »Je finis de lire la lettre, et le silence s’installe entre nous, lourd de tout ce qui n’est pas dit. Je plie le papier d’écolier, les doigts légèrement tremblants, comme si les mots de Karim avaient le pouvoir de tout faire basculer. Quand je relève les yeux vers Smaïn, son regard est fixe, presque fiévreux, comme s’il guettait une révélation."Ton frère..." Ma voix est basse, presque un murmure, car nous ne sommes pas seuls. "Il fait semblant d’être détendu, de tout prendre à la légère, mais cette lettre, c’est un cri. Un cri déguisé en blague, en provocation."Je secoue la tête, pensif."Il te parle de son aise à être nu devant toi, de son excitation, de tes flots de sperme comme s’il s’agissait d’une anecdote marrante. Mais c’est pas ça, si ? C’est une façon de te dire : ‘Moi aussi, j’ai ressenti quelque chose. Moi aussi, ça m’a troublé.’"J’observe Smaïn un instant, qui semble suspendu à mes lèvres."Il te demande si tu as ressenti la même chose que lui. Et cette question, c’est pas anodine. C’est la preuve qu’il veut que tu aies ressenti la même chose. Qu’il espère que tu as ressenti la même chose."Je baisse la voix, comme si je craignais d’être entendu."Et puis, cette histoire de Portugaise... Il te raconte qu’il la voit se faire niquer par d’autres, et que ça ne lui fait pas le même effet que de te voir avec moi. Tu te rends compte ? Il compare. Il cherche. Comme toi."Je me lève discrètement et me rapproche de lui, nos épaules se frôlent."Il se pose des questions, Smaïn. Pas comme toi, peut-être, mais il se les pose. Sinon, il n’aurait pas écrit cette lettre. Il n’aurait pas eu besoin de savoir si tu partageais ce qu’il a ressenti. Il n’a ...
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